Interview Rohan Lockhart

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, c’est un grand jour. Vous allez me demander qu’est-ce qui se passe, peut-être que vous allez même rire de mon excitation, mais je suis véritablement heureuse de vous dire que les interviews sont belles et biens ouvertes sur le site. J’espère que plusieurs autres viendront avec le temps, que j’aurai l’opportunité de discuter avec d’autres auteurs, dessinateurs…

 

Mais pour l’instant, place à la toute première interview du blog. Pour cette première, j’avais envie de me pencher sur le travail d’un auteur que j’aime, dont les œuvres me correspondent et me transportent. Un auteur dont je suis proche, que je connais… Pour moi, Rohan Lockhart s’est imposé dans mon esprit d’une simplicité déconcertante.

 

J’ai rencontré cet auteur lors de sa séance de dédicace pendant la y/con de 2016 et j’ai été agréablement découvrir un personnage attachant et proche de ses lecteurs. J’ai pu discuter avec lui après sa séance et c’était très intéressant, je suis donc très contente que plusieurs années, il ait répondu favorablement à me demande d’interview.

 

Cette interview est le résultat d’un travail entre plusieurs personnes. En effet, plusieurs lecteurs du site ainsi que des œuvres de Rohan ont pu poser leur propre question. Agrémentée des miennes, l’interview prend la forme de 5 grandes catégories qui, j’espère, sauront vous satisfaire et vous faire plaisir.

 

Assez de blabla, je vous laisse découvrir cette interview… Bonne lecture !

 

 

          La vie de Rohan

 

1 - On connaît Rohan lockhart, auteur de romans de boy’s love… mais beaucoup n’en savent pas plus ! Une petite présentation rapide de ce que tu aurais envie de nous dire ? Des passions quelconques en dehors de l’écriture et du boy’s love ?

Alors, je suis Rohan Lockhart, auteur de Boy’s Love depuis maintenant sept ans, dont quatre de façon « professionnelle » en maison d’édition. Outre les Boy’s Love, je suis un très grand consommateur de jeux vidéo. C’est ma grande passion ! =)

Il y a aussi la musique japonaise qui tient une part importante de ma vie.

 

2 - Quelle étude as-tu faite ? Un rapport avec le littéraire ou rien à voir ?

Aucun rapport avec la littérature ! D’ailleurs, j’ai été très longtemps un mauvais élève à l’école, ce qui m’a toujours fait penser que je n’avais pas ma place dans ce milieu.
J’ai étudié le marketing et le japonais à la fac, avant de tout laisser tomber pour rentrer dans la vie active.

 

3 – On peut voir que tu possèdes une forte passion pour le Japon. D’où t’est-elle venue ? Raconte-nous un peu ton voyage, et le futur que tu as prévu de faire !

Je pense qu’elle me suit depuis mon plus jeune âge lorsque j’ai découvert les mangas vers 8 ans (Ryu Seiki a été le premier que j’ai lu). Puis il y a eu les animés avec Canal+ qui m’ont fait tomber éperdument là-dedans (Cowboy Beboy, Vision d’Escaflowne) et j’ai commencé à acheter de plus en plus de mangas. C’est aussi une époque où j’ai découvert la J-music (une de mes plus vieilles passions).

Pour mon premier voyage au Japon, je voulais à tout prix marcher sur les traces des personnages d’Après la Pluie en allant sur les lieux qui m’avaient servi pour l’écriture, à savoir Osaka et Tokyo. Les émotions que j’ai ressenties sur places sont indescriptibles tant c’est personnel. C’est comme retourner dans sa maison d’enfance ou retrouver un parent proche. Je crois que c’est la première fois de ma vie que je me suis senti aussi heureux, soulagé et complet.

C’était un voyage absolument grandiose qui n’a fait que renfoncer mon amour pour ce pays et ses habitants.

 

  

Photos prises lors du voyage de Rohan en 2017, à voir en gros sur son instagram

          Rohan et la lecture

 

4 – La lecture nous est insufflée très jeune, par des parents par exemple, ou au contraire, très tard… Et toi, des livres qui ont marqué ton enfance ?

Ma mère est une grande fan de Stephen King et de Christian Jacq. Elle a des bibliothèques remplies de leurs livres ainsi que beaucoup d’ouvrages mythologiques et sur l’astrologie. Je m’amusais souvent à les feuilleter, mais je ne les lisais pas en toute franchise. Pourtant j’avais de quoi faire. J’ai passé mon enfance à jouer à la Megadrive et Playstation 1 et j’ai eu une scolarité vraiment chaotique, je ne lisais absolument pas. Par contre, j’écrivais beaucoup avec une amie, on inventait des histoires alternatives sur les mangas, anime et jeux que l’ont aimais. Des fanfics en fait ! Sauf qu’on ne savait même pas que ça existait, puisqu’on n’avait même pas Internet chez nous à cette époque.

 

  

 

C’est avec la sortie de Harry Potter que j’ai commencé à lire. « Harry Potter et la Coupe de feu » venait de sortir et ma meilleure amie à l’époque m’a dit « Cette série c’est incroyable ! Je ne peux pas m’empêcher de lire ! » et elle lisait durant la récré et entre les cours, j’ai dû m’y mettre ! J’ai été accro jusqu’au 6ème volume et puis plus rien…

Mais je crois que c’est HP qui m’a redonné l’envie de lire =)

 

5 - Comment as-tu découvert le yaoi/la romance homosexuelle dans les romans ?

Je venais d’entrer au lycée (en 3ème techno en réalité) et je venais de rencontrer mon meilleur ami à l’époque. On avait les mêmes goûts sur tout et de ce fait, on allait souvent en centre-ville à Toulouse acheter des mangas. Comme il avait plus d’argent de poche que moi, on se partageait les achats et on se les prêtait.

Et une fois, en plein rayon du Virgin Megastore, on regarde un manga et il me dit « C’est une histoire avec des mecs comme moi… ». Ce manga, c’était Kizuna en 2004. C’est mon premier coup de cœur et ce Boy’s love est indétrônable pour moi.

 

 

Parallèlement, je lisais le magazine de publication Magnolia, dans lequel était publié « Les descendants des ténèbres », dans lequel il y a une relation très ambigüe. Je pense que tout a débuté comme ça.

 

6 - Et actuellement, tu lis d’autres styles de romans que le boy’s love ? Quelques conseils à nous donner ?

Je fonctionne vraiment au feeling et pas forcément sur le genre. Récemment j’ai lu « Silo » par exemple et j’ai pris une sacrée claque. Il faut que la thématique m’intéresse, donc c’est souvent de la SF ou Fantasy.

 

7 – Mais avec tous les livres que tu écris, as-tu vraiment le temps de lire ?! Es-tu un grand lecteur en dehors de ton travail d’écrivain ?

Eh bien, je n’ai pas changé, je ne suis toujours pas un gros lecteur ! Lorsque j’ai terminé de travailler, je préfère jouer que lire et ça ne changera jamais. Mais je lis bien sûr, parce que j’aime découvrir les nouveaux univers d’auteurs que j’apprécie et lire est très important afin de renouveler son propre imaginaire et parfaire sa plume.

 

8 - Des clichés récurrents/ des choses qui t’horripilent dans le monde du yaoi ou encore de la romance homosexuelle ?

Des milliards ! Le passif qui pleure pendant l’acte ou qui se comporte « comme une fille » (dans le sens ou si l’histoire pourrait tout à fait être un MF, pas en termes de sensibilité. Un homme peut être sensible et fragile).

Mais de façon globale, c’est le non-consentement qui me pose un très gros problème dans les récits, roman et manga. Entre les viols fantasmés et les scènes érotiques au consentement douteux, mais justifié, car « ouais mais c’est un badboy », c’est juste non.

 

 

 

           Rohan et l’écriture

 

9 - Est-ce que ton envie d’écrire a-t-elle été poussée par une chose/événement en particulier ?

Je pense que c’est l’envie de lire une histoire qui me plaise à 100% qui m’a poussé à écrire. On dit souvent que l’on écrit ce qu’on voudrait lire, et je pense que c’est tout à fait vrai. C’est parce que je ne trouvais pas mon bonheur en littérature que j’ai fini par m’y mettre.

 

10 - Qu’est-ce qui t’as poussé à vouloir vivre de ta passion (à savoir l’écriture ?)

Déjà, le soutien des lecteurs et les ventes sont un facteur qui poussent à nous dire que notre travail a une certaine forme de reconnaissance.

Mais surtout, c’est une question de ressenti. Je sais que c’est ce que je fais de mieux et ce pour quoi je suis fait. Même lorsque mes doutes et peurs ressurgissent, il y a toujours cet écho en moi qui me dit que c’est ma voie.

 

11 - Concernant la création de tes histoires, utilises-tu une façon de procéder toujours identique ou traites-tu chaque nouvelle histoire différemment ?

Chaque livre est différent. Déjà, il faut savoir que j’ai peu de libre arbitre dans mon travail. Je m’explique : toutes mes idées proviennent toujours de mes rêves. J’ai souvent des morceaux d’histoires, de personnages, des scènes fortes. En me levant, je note tout ça et un beau jour, l’envie d’écrire est tellement forte que je m’y mets. Mais beaucoup de choses sont déjà déterminées. Alors je fais des ajustements, je modélise, mais souvent 60% de ma trame et mes personnages sont décidés.

Je n’ai jamais pris un carnet en me disant « bon, je commence une histoire ! » Je ne fonctionne pas du tout comme ça. C’est hyper aléatoire et je ne fais que trier et garder ce qui me plaît.

 

12 – Chacun de tes livres est extrêmement bien renseigné. On voit que tu travailles beaucoup sur la documentation derrière. Épreuve fastidieuse pour toi ou au contraire un moment de plaisir à la découverte de nouvelles cultures/nouvelles connaissances ?

La création d’un univers avec des bases existantes (comme pour Shinigami, TeamPlay ou Après la Pluie) est vraiment un pur moment de plaisir. J’adore me plonger dans de la documentation pour m’immerger dans l’histoire. Je trouve ça super excitant pour ma part et hyper important, car c’est la base du roman. Alors, autant qu’elle soit solide !

 

13 - Pour quasiment chacune de tes sorties, tu collabores avec des artistes qui donnent vie à tes personnages. Chacun de tes livres sont des œuvres d’arts, pleins d’illustrations et de bonus pour tes lecteurs. N’est-ce pas un peu difficile à tout gérer en plus de ton travail d’écriture ?

Ce n’est jamais facile d’avoir plusieurs casquettes. C’est beaucoup de travail supplémentaire pour que tout soit fait dans les temps avec la gestion de la boutique, des précommandes, avoir le financement pour l’artiste… Mais je considère que mes univers sont indissociables des illustrations. J’en ai besoin pour écrire, pour avancer, pour nourrir mon imaginaire aussi.

 

  

Différentes illustrations des personnages de Rohan Lockhart !

 

 

          Les livres de Rohan

 

14 - Pourrais-tu nous parler d’un de tes livres qui te tient le plus à cœur ? Pourquoi cela ?

Il y a plusieurs livres qui me tiennent à cœur, comme Après la Pluie, mais aussi TeamPlay.

Parce que dans ce dernier, j’ai essayé de prouver qu’une histoire pouvait être réaliste, sans drama, et intéressante à la fois. Je voulais démontrer que la simplicité avait du bon.

Mais le point le plus important du roman était pour moi de montrer des personnages racisés, comme Aslan, français d’origine marocaine et musulman, et Minho qui est coréen. Dans une époque comme la nôtre et dans un milieu qui prône la tolérance, je trouve que ça manque parfois cruellement de mixité.

 

15 - Parle-nous de l’un de tes personnages préférés de tous tes livres.

Lyron de Silver Knight (Leeroy dans GMO) est sans aucun doute mon personnage préféré. Parce qu’il est la personnification même de la bienveillance, de l’altruisme. Et ce sont des valeurs positives qui manquent beaucoup (à mon sens). Je fais partie du club des méga-blasé des personnages sarcastiques et cyniques dont les séries US nous abreuvent sans arrêt.

 

16 - D’où vient cette volonté d’avoir au moins un personnage avec les cheveux longs dans chacune de tes histoires ?

Mmm, ce n’est pas une volonté particulière. Dans TeamPlay il n’y a pas de cheveux longs par exemple, ça dépend juste du chara-design du personnage, lorsque j’en discute avec l’artiste.

 

17 - Avec Virtual Room, tu sors un peu de tes habitudes en proposant aux lecteurs un livre dont ils peuvent choisir la (les) fin. Cela n’a-t-il pas été trop difficile à réaliser ?

Difficile, un peu. J’avais peur de me perdre ou de faire quelque chose de trop répétitif, mais en fin de compte, tous les personnages étant très différents…

Par contre ça a été très long à mettre en place… J’appréhende pour la suite !

 

18 - Les nébuleux t’ont fait expérimenter l’écriture à quatre mains. La réalisation de ce roman ne s’est-elle pas avérée fastidieuse, notamment vue vos localisations géographiques différentes avec Lily Haime.

Pour les Nébuleux (désormais Smoke & Mirrors) c’était une expérience très différente, c’est clair. D’une part, car, je n’ai pas pu juste me coucher et attendre de faire quelques rêves, j’ai dû me creuser les méninges. Il fallait que tout nous plaise et faire des concessions a sans doute été compliqué au début, mais je trouve que l’on s’en est plutôt bien sorti !

Pour l’écriture, Lily habitant en Nouvelle-Calédonie, j’avais 7/8h de décalage horaire avec elle. Mais ça avait un avantage énorme : on écrivait deux chapitres par jour, puisque nous étions calqués sur le même fuseau. Quand elle avait terminé son chapitre vers 17/18h, elle me l’envoyait et moi je me mettais à écrire aux alentours de minuit, une heure du matin, pour lui rendre le mien vers… six heures.

C’était épuisant comme rythme, mais ça a été une super aventure ! Et on remet ça bientôt d’ailleurs !

 

19 - Après la pluie est sûrement ton livre le plus personnel que tu as dû écrire. N’a-t-il pas été trop difficile à réaliser ?

Certaines scènes ont été dures à écrire, mais ça m’a permis d’extérioriser beaucoup de souffrance. C’est vraiment un livre-thérapie pour moi, en plus d’être une histoire d’amour que j’attendais d’écrire depuis longtemps (Tora faisant partie de ma plus vieille histoire écrite il y a 10 ans).

 

 

 

          Rohan et ses fans

 

20 - Avec une fanbase aussi importante que la tienne, n’est-ce pas difficile de gérer ton écriture ainsi que les demandes de tes fans ?

Je pense que je ne m’en sors pas trop mal ! Mais lorsque ça devient un peu trop compliqué, je n’hésite pas à me couper des réseaux sociaux. Parfois, certains lecteurs ne se rendent pas compte de la pression qu’ils mettent aux auteurs, surtout en termes d’attente. On aimerait écrire plus vite, mais ce n’est pas possible. Et puis, on est humain, on a aussi besoin de temps pour nous. =)

 

21 - As-tu déjà eu des messages haineux vis-à-vis de tes récits. Comment le gères-tu ?

J’ai eu des débuts très difficiles avec la sortie de GMO-Project 1ère génération. Des drama des guéguerres, qui ont failli me faire tout arrêter. Mais je ne me suis pas laissé faire. Et j’en suis plutôt fier aujourd’hui.

Actuellement, avec les réseaux sociaux, il est très facile d’insulter anonymement quelqu’un ou d’afficher clairement son mépris. Certains ne réalisent juste pas que l’auteur peut lire leur message et être blessé (il y a peu des gens m’ont dit qu’ils ne savaient pas que j’étais français et que je gérais ma page FB).

Il faut apprendre à se préserver, alors je n’hésite pas à bloquer quand je reçois des demandes de lecteurs qui vont trop loin. (Et j’utilise un super outil pour navigateur qui me permet de ghoster les « parasites » afin de ne plus les voir sur les réseaux sociaux.)

 

 

 

          Pour finir…

 

22 - Comment envisages-tu ta future carrière ?

Je ne sais pas encore… Cela va dépendre aussi des lecteurs.

Pour ma part, j’aimerais continuer à gravir doucement des échelons, on verra donc ce que l’avenir me réserve =)

 

23 - Que pourrais-tu dire à des auteurs/futurs auteurs dont les récits n’ont pas encore été publiés ? Un encouragement particulier, une façon de voir les choses ?

L’édition ne doit pas être un objectif en soi. Je pense qu’il faut avant tout faire les choses pour soi-même. Je pense qu’aimer ses récits est déjà un premier pas vers le long chemin de l’édition et de la littérature de manière générale.

 

24 - Un commentaire à rajouter pour tes lecteurs ?

De passage ou réguliers, ils sont ceux qui me permettent de continuer.

Je ne leur dirais jamais assez merci pour leur soutien, mais sans eux, je ne suis rien.

Alors, un immense merci pour votre fidélité, pour le temps que vous accorder à mon travail, mes histoires. Si j’ai pu vous faire sourire ou vous toucher par mes mots, alors je suis un auteur comblé.

Août 2018

 

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Rohan_Lockhart            Rohan Lockart - Auteur         Rohan Lockhart